Comment identifier une monnaie romaine ?
Résumé de cet article :
- L’identification d’une monnaie romaine demande de connaître un vocabulaire spécifique pour décrire ses faces (avers, revers), ses inscriptions (légende, titulature) et ses éléments graphiques (buste, grènetis, exergue).
- Les métaux utilisés par les Romains ont évolué : le bronze (aes grave, as, sesterce), l’argent (denier, quinaire, antoninien) et l’or (aureus, solidus) caractérisent différentes périodes du monnayage.
- Le décryptage des légendes et des symboles sur la monnaie, tels que les abréviations de titres impériaux (IMP, AVG, TR P) et les figures de divinités ou personnifications (Victoria, Salus, Pax), fournit des indices pour la datation.
- Pour l’authentification et la datation, il faut vérifier le poids, la taille, la composition du métal, l’aspect de la patine, le style de gravure et la présence de marques d’atelier, en se référant aux catalogues spécialisés et aux professionnels si nécessaire.
- La rareté d’une monnaie est influencée par le nombre d’exemplaires frappés et survivants, son état de conservation, la demande des collectionneurs et son importance historique.
La découverte fortuite d’une monnaie romaine, dans une champ en milieu rural, soulève souvent une interrogation : comment l’identifier avec exactitude ? Comprendre son époque, son rôle dans l’histoire de la Rome antique et son contexte de circulation est fondamental pour les numismates.
Cet article vous donnera les techniques pour comprendre le vocabulaire spécifique, les types de métaux et les symboles qui vous aideront à authentifier, dater et évaluer la rareté de ces précieuses trouvailles.
⚠️ AVANT TOUTE CHOSE : L’ACTION IMMÉDIATE
Vous avez trouvé une monnaie ? Félicitations ! Mais avant de faire quoi que ce soit, lisez attentivement ces deux points :
- NE NETTOYEZ PAS LA MONNAIE ! C’est le réflexe le plus courant et le plus destructeur. Un nettoyage agressif (brossage, produits chimiques, vinaigre…) peut rayer la monnaie et anéantir sa patine, qui est non seulement une protection naturelle mais aussi un élément clé de son authenticité et de sa valeur. Laissez-la dans son état de découverte.
- DÉCLAREZ VOTRE TROUVAILLE. En France, si la découverte est fortuite et ne résulte pas de fouilles autorisées, le Code du Patrimoine exige une déclaration complète. La trouvaille doit être signalée à la mairie du lieu de découverte, qui la transmettra au service régional de l’archéologie (SRA), une entité du Ministère de la Culture. Le propriétaire du terrain doit également être prévenu. Cette démarche citoyenne est essentielle pour la science et la connaissance de notre Histoire.
Comment décrire une monnaie romaine avec le bon vocabulaire pour son identification
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’identification d’une monnaie possède ses propres thermes, permettant de reconnaître certaines particularités ou aspect d’une monnaie.

- L’Avers (ou Droit) : C’est la face principale de la monnaie, portant généralement l’effigie (le portrait) de l’empereur, d’un membre de sa famille, ou d’une divinité durant la République.
- Le Revers : L’autre face de la monnaie. Elle présente souvent des divinités, des allégories, des scènes de propagande, des monuments, ou des symboles militaires.
- La Légende (ou Inscription) : Ensemble des inscriptions en latin (plus rarement en grec pour certaines émissions provinciales) sur l’avers et/ou le revers. Sur l’avers, elle donne souvent la titulature de l’empereur.
- Titulature : C’est la liste des titres, fonctions et parfois des noms officiels de l’empereur (par exemple, pour Octave, IMP CAESAR AVGVSTVS P M TR P COS). Elle peut inclure des éléments comme Germanicus ou Dacicus.
- Le Champ : La surface lisse de la monnaie, sans inscription ni motif, servant de fond au dessin principal.
- Le Grènetis : Cordon de petits grains ou perles entourant la légende ou le motif, près du bord de la monnaie. Il est souvent usé ou disparu sur les monnaies ayant beaucoup circulé ou séjourné en terre.
- Le Buste : Représentation du portrait de l’empereur ou du personnage honoré. Son style, ses attributs (couronne, drapé, armure) et son orientation (regard à droite, à gauche) sont des indices importants.
- Le Type : Désigne le motif principal du revers. Par extension, on parle aussi de « type monétaire » pour désigner la dénomination de la pièce (sesterce, denier, etc.).
- L’Exergue : Espace situé au bas du revers, sous une ligne de sol, où l’on trouve souvent la marque d’atelier.
- La Marque d’Atelier : Ces lettres ou symboles sont souvent situés à l’exergue du revers. Ils indiquent la ville où la monnaie a été frappée (comme ROM pour Rome ou LG pour Lugdunum, l’actuelle Lyon).
- La Tranche : Le bord de la monnaie. Souvent lisse, elle est rarement un critère d’identification pour les monnaies romaines antiques, sauf pour distinguer certaines techniques de fabrication (monnaies coulées vs. frappées) ou des types particuliers comme les monnaies fourrées.
Le type de métal des monnaies romaines
Les Romains ont utilisé divers métaux pour leur monnayage, dont la valeur et l’usage ont évolué au fil des siècles.
Les monnaies en bronze
Initialement, avant l’apparition de la monnaie frappée, la République romaine s’appuyait sur l’aes rude, du bronze brut évalué au poids, suivi de l’aes signatum, des lingots de bronze marqués. Vers 335 av. J.-C., l’aes grave fit son apparition; il s’agissait des premières monnaies de bronze coulées de Rome.
L’unité était l’As, pesant initialement une livre romaine (environ 327g). Son poids diminua progressivement : 1/2 livre (semis) vers 286 av. J.-C., 1/6 de livre (sextans) vers 268 av. J.-C., 1 once (uncia, 1/12 de livre) en 217 av. J.-C., et 1/2 once en 89 av. J.-C. Sous l’Empire, les principales monnaies de « bronze » (souvent des alliages spécifiques) seront le sesterce, le dupondius (en orichalque, un alliage semblable au laiton), et l’as (en cuivre).
Les monnaies en argent
Le contact avec les cités grecques du sud de l’Italie (Grande-Grèce) introduisit le besoin de monnaies d’argent.
Le didrachme (environ 6,82g), basé sur le standard grec, fut la première monnaie d’argent romaine, produite à Capoue vers 312 av. J.-C. Il fut suivi par le victoriatus (environ 3,4g) à partir de 221 av. J.-C., d’usage plus limité. Le denier, frappé à partir de 268 av. J.-C., devint la monnaie d’argent centrale de l’économie romaine. Sa valeur initiale était de 10 as, et il pesait environ 4,55g (1/72 de livre).
En 217 av. J.-C., il fut réévalué à 16 as, notamment suite aux exigences financières de la Deuxième Guerre Punique. Le denier connut une dépréciation progressive de son poids et de sa pureté en argent, un phénomène lié aux crises économiques de l’Empire romain, jusqu’à sa quasi-disparition au milieu du IIIe siècle apr. J.-C.

Les monnaies en or
La production de monnaies d’or fut initialement sporadique. Des statères de style grec furent émis dès 286 av. J.-C. (6,81g) puis en 209 av. J.-C. (3,41g). C’est Sylla qui introduisit l’aureus dans le système monétaire en 87 av. J.-C. (pesant 1/30e de livre, soit environ 9,11g). Pompée en émit à 1/36e de livre (9,06g) en 61 av. J.-C. Jules César standardisa l’aureus, d’abord à 1/38e de livre (8,55g) puis 1/40e de livre (8,02g) en 48 av. J.-C. L’aureus restera la principale monnaie d’or jusqu’à la réforme de Constantin qui introduira le solidus. Le quinaire d’or (1/2 aureus) exista également.
C’est Sylla qui introduisit l’aureus dans le système monétaire en 87 av. J.-C. (pesant 1/30e de livre romaine, soit environ 9,11 grammes). Pompée en émit à 1/36e de livre (environ 9,06 grammes) en 61 av. J.-C. Jules César standardisa l’aureus, d’abord à 1/38e de livre (environ 8,55 grammes) puis 1/40e de livre (environ 8,02 grammes) en 48 av. J.-C. L’aureus restera la principale monnaie d’or jusqu’à la réforme de Constantin Ier qui introduira le solidus. Le quinaire d’or (1/2 aureus) exista également.
Décrypter les légendes : Titulature et abréviations
Les légendes servent à identifier l’autorité émettrice et dater la monnaie. Voici les abréviations que l’on retrouve sur les monnaies romaines françaises :
Avers (côté buste) : Empereurs, titres, datation
On y retrouve le nom de l’empereur est en toutes lettres ou abrégé de manière reconnaissable, ex: NERO, TRAIANVS, HADRIANVS
IMP–IMPERATOR: Initialement un titre acclamé par les troupes pour un chef de l’armée victorieux, il est devenu un pré-nom impérial. Par exemple, IMP XXII sur une monnaie de Trajan peut aider à dater précisément une émission.CAES,CAE,C–CAESAR: Ce nom de famille, initialement celui de Jules César, fut adopté par les premiers empereurs. Il devint un titre désignant l’empereur, ou un prince héritier (souvent avec NOB C – NOBILISSIMVS CAESAR, comme pour Caracalla avant son règne complet).AVG–AVGVSTVS: Titre signifiant « Vénérable », conféré à Octave puis à tous les empereurs. Au plurielAVGG(deux Augustes),AVGGG(trois Augustes).P M(ouPONT MAX) –PONTIFEX MAXIMVS: Ce titre signifie « Grand Pontife », et désignait le chef suprême de la religion d’État romaine, une position souvent tenue par l’empereur lui-même, notamment depuis Auguste.TR P(ouTRIB POT,P) –TRIBVNICIA POTESTAS: Ce titre, signifiant « Puissance Tribunicienne », conférait les pouvoirs d’un tribun de la plèbe sans exercer la fonction elle-même. Renouvelé annuellement, souvent le 10 décembre ou à l’anniversaire d’accession à l’Empire, le chiffre qui suit (TR P II, TR P III…) représente un outil de datation très fiable pour les numismates.COS–CONSVL: « Consul ». Titre prestigieux de la magistrature romaine. Le chiffre qui suit indique le nombre de fois que l’empereur a revêtu le consulat (ex:COS III).COS DESsignifie « Consul Désigné » pour l’année suivante.P P–PATER PATRIAE: « Père de la Patrie ». Titre honorifique, souvent accordé après quelques années de règne.GERM,DAC,PART, etc. –GERMANICVS,DACICVS,PARTHICVS: Surnoms victorieux indiquant des victoires sur les Germains, Daces, Parthes, etc.F–FILIVS/FILIA: « Fils de » / « Fille de » (ex:DIVI F– « Fils du Divinisé »).D N–DOMINVS NOSTER: « Notre Seigneur ». Titre courant à partir du Bas-Empire, marquant l’évolution vers une monarchie plus absolue.DIVVS,DIVO,DV: « Divin ». Attribué aux empereurs et membres de la famille impériale déifiés après leur mort (monnaies de consécration).P F–PIVS FELIX: « Pieux, Heureux ». Titres courants à partir du IIIe siècle.INV–INVICTVS: « Invaincu ». Épithète populaire, notamment pour les empereurs militaires.

Revers : Devises et marques d’atelier
S C–SENATVS CONSVLTO: « Par décret du Sénat ». Figure principalement sur les monnaies de bronze et d’orichalque sous le Haut-Empire, indiquant que leur émission était contrôlée par le Sénat.SPQR–SENATVS POPVLVSQVE ROMANVS: « Le Sénat et le Peuple Romain ». Formule emblématique de l’État romain.- Marques d’atelier et d’officine : À partir du milieu du IIIe siècle, des lettres apparaissent souvent à l’exergue du revers (ex:
R.Ppour Rome, première officine;SMANTpourSacra Moneta Antiochensis– Monnaie Sacrée d’Antioche). XXIouKA(en grec) : Indique un alliage contenant 1 partie d’argent pour 20 parties de cuivre (environ 5% d’argent), utilisé pour les antoniniens après la réforme d’Aurélien.VOT–VOTA: « Vœux ». Suivi de chiffres romains (ex:VOT X MVLT XX), ils font référence aux vœux prononcés par l’empereur pour une certaine durée de règne (ici, 10 ans accomplis, vœux pour 20 ans à venir).

Le langage des images
Symbolique des ornements du buste
Les vêtements
L’identification du vêtement est grandement facilitée en observant attentivement la forme de l’épaule et la manière dont le tissu y est agencé.
- La toge (
toga) est un drapé ample, symbole du citoyen romain et de la Pax Romana, évoquant la paix et l’administration de l’Empire.
- Le paludamentum, quant à lui, était un manteau militaire robuste, porté avec prestance par-dessus la cuirasse. Il se reconnait par sa fixation sur l’épaule à l’aide d’une fibule, une sorte d’agrafe ou de broche.
- La cuirasse (
lorica) représentait l’armure, un élément vestimentaire qui indiquait clairement le rôle de chef militaire de l’empereur. Ainsi, le choix du vêtement n’était pas anodin, mais reflétait l’image spécifique que l’empereur souhaitait projeter : celle d’un homme d’État pacifique ou d’un chef de guerre puissant.
Les Couronnes
- La Lurée (
laurea), reconnaissable à sa couronne de laurier, était la plus répandue des couronnes honorifiques. Elle incarnait les notions de victoire et de gloire, récompensant des succès divers.
- La Radiée (
radiata) est une couronne ornée de rayons, évoquant directement le Soleil (Sol Invictus). Portée par les hommes, elle pouvait signaler une divinisation posthume (Divus). Sur les antoniniens et dupondii, elle indiquait également une valeur double par rapport au denier ou à l’as. Les Augustae (impératrices) pouvaient également arborer cette couronne, souvent disposée sur un croissant.
- La Civique (
corona civica), faite d’une couronne de feuilles de chêne, était une distinction accordée à celui qui avait sauvé la vie d’un citoyen romain, à l’image des honneurs rendus à Auguste.
- L’Obsidionale (
corona obsidionalisougraminea), une couronne d’herbes ou de blé, était extrêmement rare. Elle récompensait un général dont l’action avait permis de briser un siège et de sauver une armée.
- La Murale (
corona muralis), reconnaissable à sa forme crénelée, était décernée au premier soldat qui avait réussi à franchir la muraille d’une ville assiégée.
- La Navale ou Rostrée (
corona navalisourostrata) se caractérisait par son ornementation d’éperons de navires, les rostra. Elle était attribuée en reconnaissance d’une victoire navale majeure, comme lors des guerres puniques.
Divinités et personnifications au revers

Le revers des monnaies est peuplé de dieux, déesses et allégories (personnifications de vertus ou de concepts).
ABVNDANTIA: L’Abondance. Souvent avec une corne d’abondance, des épis de blé.AEQVITAS: L’Équité. Avec une balance et une corne d’abondance (parfois un sceptre).AETERNITAS: L’Éternité. Avec un globe, un phénix, un sceptre, ou les têtes du Soleil et de la Lune.ANNONA: L’Annone (approvisionnement en grain de Rome). Avec des épis, un modius (mesure à grain), une corne d’abondance, souvent près d’une proue de navire.BONVS EVENTVS: La Bonne Fortune, l’Heureux Succès. Figure masculine tenant une patère (coupe à sacrifice) et des épis ou une corne d’abondance.CLEMENTIA: La Clémence. Avec une branche d’olivier et un sceptre.CONCORDIA: La Concorde, l’Harmonie. Avec une patère, une corne d’abondance ; ou deux mains jointes (CONCORDIA MILITVM: la concorde des armées).FECVNDITAS: La Fécondité. Souvent avec des enfants.FELICITAS: Le Bonheur, la Prospérité. Avec un caducée (bâton d’Hermès/Mercure) et une corne d’abondance ou un sceptre.FIDES: La Foi, la Loyauté (FIDES MILITVM: loyauté des soldats). Avec des enseignes militaires, une patère, des épis.FORTVNA: La Fortune (Chance). Avec un gouvernail, une corne d’abondance, un globe (souvent sous son pied ou sa chaise).GENIVS: Le Génie (esprit protecteur). Souvent nu ou semi-nu, avec une patère et une corne d’abondance (GENIO POPVLI ROMANI: au génie du peuple romain).HILARITAS: L’Allégresse. Avec une longue palme et une corne d’abondance.HONOS: L’Honneur. Figure masculine avec une corne d’abondance et une branche ou un sceptre.INDVLGENTIA: L’Indulgence, la Faveur. Avec une patère et un sceptre.IVSTITIA: La Justice. Avec une patère (ou une balance) et un sceptre.LAETITIA: La Joie. Avec une couronne et un sceptre (ou une ancre/gouvernail).LIBERALITAS: La Générosité (distributions impériales). Avec une tessère (planchette à compter) et une corne d’abondance.LIBERTAS: La Liberté. Avec un pileus (bonnet d’affranchi) et un sceptre (ou une hasta, lance).MONETA: Déesse personnifiant la Monnaie, l’atelier monétaire, et la richesse. Elle est représentée avec une balance et une corne d’abondance. On trouve parfois les trois Monetae (personnifications des trois métaux : or, argent, bronze) avec leurs attributs.PAX: La Paix. Avec une branche d’olivier et un sceptre (ou une corne d’abondance, un caducée).PIETAS: La Piété (devoir envers les dieux, la famille, l’État). Souvent voilée, sacrifiant sur un autel ou avec des enfants.PROVIDENTIA: La Prévoyance (PROVIDENTIA DEORVM: prévoyance des dieux ;PROVIDENTIA AVGG: prévoyance des empereurs). Avec un bâton pointant un globe, un sceptre.PVDICITIA: La Pudeur, la Chasteté. Voilée, ramenant son voile ou main sur la poitrine.SALVS: La Santé, le Salut. Nourrissant un serpent enroulé autour d’un autel ou d’un sceptre (attribut d’Esculape).SECVRITAS: La Sécurité. Souvent appuyée sur une colonne, avec un sceptre.SPES: L’Espoir. Marchant, soulevant sa robe, tenant une fleur.VICTORIA: La Victoire, toujours ailée, tenant une couronne et une palme, ou parfois un bouclier et un trophée. Elle est souvent associée aux succès militaires de l’Empire romain.VIRTVS: Le Courage, la Vertu militaire. Soldat casqué et en armure, avec une lance et un bouclier (ou une parazonium : épée courte).
Les indices cachés (Atelier et datation)
Regardez attentivement le revers, tout en bas, souvent sous une ligne de sol. Cet espace s’appelle l’Exergue. À partir du milieu du IIIe siècle, les ateliers monétaires y gravaient leur marque. Ces lettres, combinées aux titres de l’empereur (TR P, COS), permettent de situer la production de la monnaie dans le temps et l’espace avec une grande précision.
Les marques les plus communes pour les monnaies trouvées en Europe de l’Ouest sont :
- ROM ou R : Rome, la capitale de l’Empire romain.
- LG ou LVG : Lugdunum, l’actuelle Lyon, un centre stratégique en Gaule lyonnaise.
- TR : Treviri, l’actuelle Trèves en Germanie inférieure.
- ARL : Arelate, l’actuelle Arles en Narbonnaise.
Le système monétaire romain : La chronologie
Période pré-monétaire et républicaine archaïque (avant le IIIe siècle av. J.-C.)
Les premières formes d’échange économique reposaient sur le troc. Par la suite, on a vu apparaître l’Aes rude, qui consistait en des morceaux de bronze pesés. L’évolution suivante fut l’introduction de l’Aes signatum, des lingots de bronze portant des marques distinctives. Ces étapes précèdent l’établissement d’un système monétaire standardisé par la République romaine.
Vers 335 av. J.-C. marqua une étape importante avec l’apparition de l’Aes grave, les premières véritables monnaies de bronze coulées. L’As devint l’unité de base, autour de laquelle s’articulaient ses fractions : le Semis, le Triens, le Quadrans, le Sextans, l’Uncia, et la Semuncia. Un motif caractéristique de l’As devint la proue de navire, commémorant les premières victoires navales de Rome.
République romaine (milieu IIIe siècle av. J.-C. – 27 av. J.-C.)
Cette période vit l’introduction de l’argent avec le didrachme, suivi du victoriatus. L’année 211 av. J.-C. est une date charnière avec l’introduction du Denier (argent, valant 10 as), du Quinaire (argent, 5 as) et du Sesterce (argent, 2,5 as, marqué IIS puis HS). Ces évolutions reflètent les dynamiques économiques et les besoins de financement des guerres républicaines, notamment les Guerres Puniques.

| Monnaie Républicaine (après 140 av. J.-C.) | Valeur en As | Métal |
|---|---|---|
| Denier | 16 | Argent |
| Quinaire | 8 | Argent |
| Sesterce | 4 | Argent |
| As | 1 | Bronze |
Haut-Empire (Réforme d’Auguste, vers 23-19 av. J.-C. – IIIe siècle apr. J.-C.)
L’empereur Auguste réorganise le système monétaire, qui demeurera d’une stabilité remarquable pendant plus de deux siècles. Cette réforme augustéenne est un pilier de la prospérité économique du Principat.
| Monnaie (Haut-Empire, Auguste) | Valeur en Deniers | Valeur en Sesterces | Valeur en As | Métal | Poids approx. (Auguste) |
|---|---|---|---|---|---|
| Aureus | 25 | 100 | 400 | Or | ≈ 7,85 g |
| Quinaire d’or | 12,5 | 50 | 200 | Or | ≈ 3,92 g |
| Denier | 1 | 4 | 16 | Argent | ≈ 3,85 g |
| Quinaire d’argent | 1/2 | 2 | 8 | Argent | ≈ 1,9 g |
| Sesterce | 1/4 | 1 | 4 | Orichalque | ≈ 27 g |
| Dupondius | 1/8 | 1/2 | 2 | Orichalque | ≈ 13,5 g |
| As | 1/16 | 1/4 | 1 | Cuivre | ≈ 11 g |
| Semis | 1/32 | 1/8 | 1/2 | Cuivre/Orichalque | ≈ 4–6 g |
| Quadrans | 1/64 | 1/16 | 1/4 | Cuivre | ≈ 2–3 g |
Note : Les monnaies provinciales (frappes locales en Orient, par ex. le cistophore en Asie Mineure) continuaient de circuler.
Bas-Empire (IIIe s. – Ve s. apr. J.-C.)
Apparition de l’Antoninien (vers 215 apr. J.-C. par Caracalla), initialement en argent et valant 2 deniers (buste radié pour l’empereur, buste sur un croissant pour l’impératrice). Sa teneur en argent chutera drastiquement.
Réforme de Dioclétien (vers 294 apr. J.-C.) : Tentative de stabilisation avec de nouvelles monnaies comme le Follis (ou Nummus), grande pièce de bronze argenté.
Réforme de Constantin (vers 312 apr. J.-C.) : Introduction du Solidus d’or (≈ 4,5g), qui deviendra la monnaie de référence pour des siècles (le « sou »), et de la Silique d’argent. Les monnaies de bronze se diversifient en taille et en poids (AE1, AE2, AE3, AE4).
L’expertise du collectionneur : Authentification, datation, rareté
Comment identifier une fausse monnaie romaine ?
La faussaire existe depuis l’Antiquité (monnaies fourrées) et continue aujourd’hui. Quelques tips pour vérifier les faux :
- Poids et taille : Doivent correspondre aux standards connus pour le type. Des variations existent, mais des écarts importants sont suspects.
- Composition du métal : Un métal anachronique ou un alliage « moderne » est un signe.
- Patine : Une patine naturelle est le résultat d’une oxydation lente. Les fausses patines peuvent être appliquées (peinture, produits chimiques), paraître trop uniformes, poudreuses ou s’enlever facilement. Une monnaie trop brillante, « neuve », est suspecte.
- Style de gravure et lettrage : Comparez avec des exemplaires authentiques. Les détails mous, un style « moderne » ou des lettres maladroites peuvent indiquer un faux. Les faussaires copient souvent des monnaies connues.
- Tranche : Des traces de lime modernes, une ligne de jointure (pour les faux coulés) sont des signaux d’alarme. La plupart des monnaies romaines étaient frappées, pas coulées (sauf les aes grave et certains faux d’époque).
- Détails suspects : Bulles de surface (faux coulés), champs « savonneux », absence d’usure normale.
- Consulter d’un professionnel : En cas de doute sur une pièce de valeur, l’avis d’un numismate avertis ou d’un expert en authentification est préférable. Des institutions comme le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale de France ou des associations numismatiques peuvent également vous orienter. Vous pouvez aussi contacter la Boutique du Fouilleur, dont l’équipe est familiarisée avec l’identification des monnaies romaines.

Un conseil important concernant le nettoyage : Un nettoyage inapproprié peut détruire la patine et la valeur d’une monnaie. Pour les monnaies en bronze notamment, il est souvent préférable de ne pas trop les nettoyer, voire de les laisser telles quelles si la patine est stable et belle. Renseignez-vous avant de nettoyer !
Comment dater précisément une monnaie romaine ?
Plusieurs critères complémentaires permettent de situer précisément la frappe d’une monnaie romaine dans le temps :
- Nom de l’Empereur/Impératrice : L’identification du personnage sur l’avers donne une fourchette de dates (son règne).
- Titulature : Les titres comme
TR P(puissance tribunicienne) ouCOS(consulat), suivis d’un chiffre, permettent une datation très précise, souvent à l’année près. - Type de Revers : Certains types de revers sont associés à des événements spécifiques (victoires, constructions, anniversaires) et peuvent affiner la datation.
- Style du Portrait et de Gravure : Évolue avec le temps et les ateliers.
- Marques d’Atelier : Utiles surtout pour le Bas-Empire, elles indiquent l’origine et peuvent aider à dater en fonction des périodes d’activité de l’officine.
- Système Monétaire : La dénomination elle-même (denier, antoninien, follis) situe la monnaie dans une période donnée.
Comment évaluer la rareté d’une monnaie romaine ?
La rareté est relative et dépend de plusieurs facteurs :
- Nombre d’exemplaires frappés : Certaines émissions étaient massives, d’autres très limitées (ex: monnaies d’usurpateurs, émissions commémoratives spéciales).
- Taux de survie : Combien d’exemplaires ont traversé les siècles ?
- État de conservation (Qualité) : Une monnaie courante en mauvais état aura peu de valeur, tandis qu’un type rare même en état moyen peut être recherché. Un état exceptionnel (SUP – Superbe, FDC – Fleur de Coin) augmente considérablement la valeur.
- Demande des collectionneurs : Certains empereurs, types de revers, ou ateliers sont plus recherchés que d’autres, influençant le prix indépendamment de la rareté intrinsèque.
- Importance historique : Les monnaies liées à des personnages ou événements majeurs sont souvent plus prisées. Pour évaluer la rareté, consultez des catalogues de référence tels que le RIC (Roman Imperial Coinage), le Cohen (pour les monnaies impériales romaines), ou des bases de données en ligne comme Online Coins of the Roman Empire (OCRE). La rareté est souvent indiquée par des lettres : C pour Commune, R1 à R5 pour Rare à Extrêmement Rare.



