Comment identifier les anciens boutons militaires français ?
Résumé de cette page :
- Les symboles sur le devant : Une grenade peut indiquer l’infanterie ou la gendarmerie, une ancre la marine ou les troupes coloniales, et un aigle les périodes impériales. Des numéros ou des lettres précisent souvent l’unité.
- Les matériaux et leur fabrication : L’étain et le bronze étaient utilisés à l’Ancien Régime, tandis que le laiton et le cuivre dominent au XIXe siècle. Les périodes de guerre ont vu l’apparition de l’aluminium, du fer-blanc ou du plastique.
- La forme, la taille et l’attache au dos : La forme (plat, bombé, demi-boule) et le diamètre donnent des indices sur l’emplacement sur l’uniforme. Le type d’attache (anneau, queue, pattes) et sa fabrication aident à déterminer l’âge du bouton.
- Les marquages du fabricant : Les noms, initiales ou villes gravés au dos du bouton, souvent avec des mentions de qualité ou de brevet, peuvent permettre une datation précise en se référant aux périodes d’activité des manufactures.
« Comment identifier les boutons militaires français ? » Cette question soulève plusieurs défis pour les passionnés d’histoire et les collectionneurs. Comment ces modestes objets métalliques peuvent-ils devenir des reliquaires du passé ? Quelles sont les méthodes d’analyse minutieuse permettant de décrypter leurs secrets ?
Cet article vous guide à travers l’étude des symboles, des matériaux, de la forme, de la taille, du type d’attache et des marquages de fabricants pour révéler l’histoire que chaque bouton renferme.
Décoder les indices : Les critères d’identification des boutons militaires
L’identification d’un bouton militaire repose sur l’analyse combinée de plusieurs caractéristiques distinctives. Chaque détail, du symbole gravé au marquage du fabricant, apporte une pièce au puzzle historique.

Les symboles parlent : Déchiffrer l’iconographie
Au premier regard, un bouton militaire semble n’être qu’un simple accessoire pour fermer un uniforme. Pourtant, pour qui sait observer, chaque bouton est une capsule temporelle, un minuscule fragment d’histoire qui peut révéler l’unité, l’arme, et même l’époque à laquelle appartenait le soldat qui le portait.
C’est en déchiffrant l’iconographie présente sur leur avers que ces objets modestes prennent vie. Les motifs ne sont pas aléatoires ; ce sont des symboles chargés de sens, des indicateurs directs et précieux pour les collectionneurs, les historiens ou simplement les curieux.
Plongeons ensemble dans le monde fascinant des symboles militaires français les plus courants que l’on retrouve sur ces témoins du passé.
La Grenade enflammée : Symbole d’élite et de danger maîtrisé
C’est sans doute l’un des emblèmes les plus reconnaissables. Son origine remonte au XVIIe siècle, avec l’apparition des premiers grenadiers, des soldats d’infanterie spécialement sélectionnés pour leur force et leur discipline, capables de lancer ces projectiles explosifs.
Initialement réservée à ces troupes d’élite de l’infanterie, la grenade est rapidement devenue le symbole distinctif de l’Infanterie française en général. Son adoption ne s’arrête pas là : la Gendarmerie Nationale l’adopte dès 1795, généralisant ensuite son usage, signe de sa volonté d’être perçue comme une troupe d’élite. On la retrouve également, parfois associée à d’autres motifs comme des canons croisés ou une cuirasse, sur les boutons du Génie ou de l’Artillerie.
En clair, la présence d’une grenade oriente souvent vers une troupe à pied ou une unité considérée comme d’élite. Un détail pour les experts : la forme des flammes (leur nombre, leur style « échevelé » ou « plein ») peut parfois varier selon les époques ou les fabricants, offrant ainsi des indices supplémentaires. L’histoire de ce symbole est un excellent exemple de la manière dont un insigne peut dépasser son origine technique pour incarner une image de prestige et de spécialisation.
L’Ancre de Marine : Entre Mer, Terre et Espérance
Qui dit ancre pense immédiatement à la mer. Symbole universellement associé au monde maritime, l’ancre incarne la stabilité, la sécurité, mais porte aussi une signification plus ancienne d’espérance, héritée des premiers chrétiens persécutés qui l’utilisaient comme signe de reconnaissance.
Elle fait son apparition sur les uniformes des marins français à la fin du XVIIIe siècle. Logiquement, elle désigne la Marine Nationale (Équipages de la Flotte, Officiers de Marine, etc.). Mais saviez-vous qu’elle est aussi l’emblème historique des Troupes Coloniales, devenues Troupes de Marine ? Dans ce contexte, elle est souvent surnommée l' »Ancre d’Or ».
L’ancre se décline en plusieurs variantes : simple, dite « encâblée » (avec un cordage enroulé), couronnée (souvent sous la Monarchie ou l’Empire), ou encore croisée avec des canons pour l’Artillerie de Marine. Un point intéressant : trouver un bouton à l’ancre à l’intérieur des terres n’est donc pas une erreur géographique, mais peut simplement indiquer la présence d’un soldat des Troupes de Marine !
L’évolution même du dessin de l’ancre est informative, notamment le nombre d’enroulements du câble (un ou deux tours) et la manière dont il s’enroule autour de la tige (« vergue ») et des bras (« trabes »). Ces détails ont fait l’objet de réglementations distinctes pour la Marine Nationale et les Troupes de Marine. L’ancre à simple enroulement est parfois vue comme marquant davantage l’identité « terrienne » et l’originalité des Troupes de Marine par rapport à leur héritage naval.

L’aigle impérial : Marqueur chronologique des Empires
Voilà un symbole puissant qui ne laisse aucune ambiguïté. L’aigle impérial est directement lié aux deux périodes impériales françaises : le Premier Empire (Napoléon Ier) et le Second Empire (Napoléon III).
On le trouve principalement sur les boutons de la prestigieuse Garde Impériale, qu’il s’agisse de l’infanterie (grenadiers, chasseurs), de l’artillerie, de la cavalerie ou d’autres corps d’élite faisant partie de ce groupe. Il pouvait aussi orner les boutons d’officiers généraux, d’aides de camp ou de certains corps administratifs durant ces époques. La présence de l’aigle impérial est donc un marqueur chronologique très fiable, situant le bouton entre 1804 et 1815 ou entre 1852 et 1870.
Le cor de chasse : Le symbole des troupes légères
Traditionnellement associé à la chasse à courre et utilisé pour les sonneries de communication, le cor de chasse est devenu l’emblème des troupes légères, mobiles et rapides.
Il permet d’identifier les Chasseurs à Pied, les Chasseurs Alpins (qui sont une spécialisation montagne des chasseurs à pied), les Chasseurs à Cheval, et historiquement les Chasseurs Forestiers. Un usage plus inattendu : le cor de chasse a aussi servi comme insigne de récompense pour les bons tireurs (« prix de tir ») au sein de l’armée. Sa présence sur un bouton oriente donc très fortement vers l’une de ces unités de « Chasseurs ».
Les numéros régimentaires : L’identité précise
Avant la standardisation moderne, indiquer le numéro du régiment directement sur le bouton était une pratique extrêmement courante. Cette tradition remonte à l’Ancien Régime, a traversé la Révolution et l’Empire, et a perduré pendant une grande partie du XIXe siècle.
Ce numéro permettait d’identifier précisément l’unité d’appartenance du soldat, qu’il s’agisse d’un régiment d’Infanterie de Ligne, de Cavalerie (comme les Dragons ou les Cuirassiers), d’Artillerie ou autre. Pour les experts, la typographie et le style des chiffres peuvent même donner des indices supplémentaires pour affiner la datation.
Cette pratique a commencé à disparaître progressivement à la fin du XIXe siècle, et surtout au début du XXe siècle, avec l’adoption d’uniformes plus uniformes et discrets. Un exemple type est le modèle d’infanterie 1871 qui ne porte plus que la grenade. Cependant, certains corps, comme les chasseurs, ont conservé des boutons numérotés plus longtemps.
Lettres et acronymes : Des abréviations parlantes
Au-delà des symboles figuratifs, des lettres et acronymes peuvent aussi apparaître. L’inscription « RF » pour « République Française » est caractéristique des périodes révolutionnaire et républicaine.
Sur des modèles plus anciens, des lettres isolées pouvaient désigner une arme (« A » pour Artillerie, « G » pour Génie, par exemple). D’autres acronymes plus spécifiques pouvaient indiquer des services ou des écoles particulières.
Et il y a bien d’autres symboles à découvrir !

La richesse de l’iconographie militaire ne s’arrête pas là. Voici quelques autres symboles que vous pourriez rencontrer :
- La Fleur de Lys : Symbole de la royauté, présente sous l’Ancien Régime et pendant les périodes de Restauration (1814-1830).
- Le Faisceau de Licteur : Symbole romain de l’autorité et de l’union, repris par la Révolution française, souvent surmonté du bonnet phrygien.
- Le Coq Gaulois : Symbole national, utilisé notamment sous la Monarchie de Juillet et parfois sur des boutons républicains ou spécifiques (comme ceux des officiers de santé 1798-1803, associé au serpent d’Épidaure).
- Le Lion : Moins fréquent sur les boutons strictement militaires français, il peut apparaître sur des boutons étrangers (britanniques, belges) ou avoir une valeur plus décorative ou héraldique.
- La Tour et la Couronne : Symboles moins courants, potentiellement liés à une ville, une unité spécifique, voire à des boutons civils ou de livrée.
- Le Caducée : Bâton entouré de serpents, symbole de la médecine, utilisé pour les Services de Santé militaires.
- Les Bâtons de Maréchal croisés : L’insigne distinctif des Maréchaux de France.
- La Cuirasse et le Pot-en-tête (casque) : Symboles du Génie.
- L’Épervier : Symbole de l’Armée de l’Air.
Lire l’Histoire dans le étal (et le plastique)
Après avoir vu les symboles qui ornent les boutons militaires, penchons-nous sur un autre aspect : les matériaux dont ils sont faits et les techniques utilisées pour les fabriquer. L’étude de la matière et de la façon d’un bouton est une véritable leçon d’histoire économique, technologique et même sociale. L’évolution des techniques métallurgiques, les pénuries en temps de guerre et la standardisation ont laissé leur marque sur ces petits objets.
Voyons comment les matériaux et les méthodes de fabrication des boutons ont évolué au fil des siècles :
Des métaux plus ou moins précieux : L’ancien régime aux empires (XVIIe – début XIXe)
Pendant cette longue période, les matériaux les plus courants pour les boutons destinés à la troupe étaient le bronze (qui donne une couleur jaune) et l’étain (pour une couleur blanche). Saviez-vous que le choix entre métal jaune ou blanc n’était pas laissé au hasard ? Il était souvent strictement réglementé par des ordonnances royales ou des décrets, et pouvait même changer pour un même régiment au gré des réformes d’uniformes !
Le laiton était également employé. Quant aux boutons d’officiers, ils se distinguaient par des finitions plus luxueuses, fréquemment dorés ou argentés pour marquer leur rang et leur distinction.
L’étain, bien que moins cher, avait un inconvénient : il pouvait se désagréger par grand froid, un phénomène connu sous le nom de « peste de l’étain ». Une théorie populaire (bien que toujours débattue par les historiens) veut que ce phénomène ait contribué aux difficultés de la Grande Armée lors de la retraite de Russie, affaiblissant les uniformes dans des conditions extrêmes.
Intriguant aussi, certains boutons de cette période pouvaient être montés sur une base en bois ou en os, recouverte d’une fine plaque de métal estampé ou même de tissu.

L’ère de la production de lasse : Le long XIXe Siècle (1815-1914)
Avec l’avènement de l’industrialisation, le laiton et le cuivre s’imposent comme les métaux de prédilection pour la fabrication des boutons. La technique d’estampage se généralise, permettant une production en série beaucoup plus aisée et rapide.
Les boutons d’officiers continuent bien sûr d’afficher des finitions plus fines et détaillées. La dorure évolue, passant parfois de la technique délicate (et dangereuse) de la dorure au mercure à la plus moderne galvanoplastie, ou encore à l’argenture.
La Grande Guerre : L’ingéniosité face aux pénuries (1914-1918)
Le premier conflit mondial marque une rupture brutale. La mobilisation massive nécessite des millions d’uniformes, mais les besoins immenses et les pénuries de matières premières stratégiques (comme le cuivre, réservé à l’armement) forcent une diversification sans précédent des matériaux.
Au début du conflit, on voit encore des boutons en cuivre simplement bruni pour réduire leur visibilité. Mais très vite, d’autres matériaux sont employés en masse :
- L’étain est utilisé pour des unités spécifiques comme les Chasseurs, la Cavalerie légère et les Cuirassiers de troupe.
- L’aluminium, le zinc peint, et surtout le fer-blanc (une simple tôle de fer étamée, bon marché et rapide à produire) deviennent les matériaux principaux pour l’Infanterie et les Chasseurs de ligne.
Des matières alternatives non métalliques font aussi leur apparition : le corozo (un « ivoire végétal »), le bois recouvert de drap de la couleur de l’uniforme, et même des matières composites qui préfigurent nos plastiques modernes.
Les designs eux-mêmes sont simplifiés : des boutons entièrement lisses ou peints de couleur neutre (« bleu horizon ») pour des raisons évidentes de camouflage et de coût. Cette période est caractérisée par un grand « panachage » : il n’était pas rare de trouver différents types de boutons sur un même uniforme, témoignant des difficultés d’approvisionnement colossales. L’étude des boutons de la Grande Guerre est ainsi un reflet passionnant des réalités économiques et logistiques de la guerre totale.
Fonctionnel vs. symbolique : De 1945 à nos jours
Après la Seconde Guerre mondiale, la standardisation s’accentue. Les tenues de combat réglementaires, comme la célèbre tenue TTA 47, adoptent massivement les boutons en plastique (souvent kaki ou marron), ou en métal simple et purement fonctionnel. Les boutons spécifiques aux équipements (toiles de tente, musettes) continuent d’être produits en fer ou alliages similaires, parfois marqués « Équipements Militaires ».
Cependant, pour les tenues de sortie, de cérémonie ou de tradition, l’armée maintient l’usage de boutons plus élaborés. Ils reprennent les symboles traditionnels des armes (grenade, ancre, cor…) et sont fabriqués en métal doré ou argenté par des entreprises spécialisées. On observe donc aujourd’hui une nette distinction entre le bouton purement utilitaire et résistant des tenues de campagne et le bouton symbolique et esthétique des tenues de parade.
Un coup d’œil sur les techniques de fabrication
Au fil des siècles, diverses méthodes ont été employées pour donner forme à ces boutons :
- Estampage : Frappe d’une plaque de métal entre deux matrices pour obtenir le motif.
- Moulage : Métal liquide coulé dans un moule.
- Frappe : Pour ajouter des détails fins ou des marquages.
- Placage : Dépôt d’une fine couche de métal précieux sur un métal moins cher.
- Émaillage : Ajout d’émail coloré pour certains motifs.
- Peinture : Utilisée notamment pour le camouflage lors de la Première Guerre Mondiale.
- Laser : Technique plus récente pour des marquages précis.
Forme, taille et attache : Indices morphologiques
Pour identifier précisément un bouton, il faut aussi s’intéresser à ses indices morphologiques : sa forme générale, ses dimensions et son système de fixation. Ces détails, souvent négligés, apportent des informations complémentaires essentielles.
Découvrons comment la forme, la taille et l’attache racontent, elles aussi, une partie de l’histoire des uniformes.
La forme : Plus qu’un simple rond

Si la grande majorité des boutons militaires sont effectivement de forme ronde, leur profil peut varier considérablement et servir d’indice d’identification :
- Les boutons plats : Typiques de certaines périodes anciennes (XVIIe-XVIIIe siècles) ou de fabrications plus simples.
- Le bouton bombé : Très courant, surtout à partir du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Sa surface est légèrement convexe.
- La demi-boule (ou grelot) : Une forme très caractéristique, souvent associée à la cavalerie légère (comme les Hussards ou les Chasseurs à cheval). On la retrouve aussi sur les boutons de l’Artillerie, des Télégraphistes militaires ou d’autres unités spécifiques, particulièrement sous l’Empire et la IIIe République.
- La forme en coquille d’œuf : Une variante du bouton bombé, mais avec un profil encore plus arrondi.
La forme générale du bouton peut donc clairement être un indicateur de l’arme ou de la période à laquelle il appartient.
La taille compte : Le système des modules
La taille, ou « module », d’un bouton n’est pas anodine. Historiquement, notamment sous la Révolution et l’Empire, un système de « modules » a été mis en place pour standardiser les dimensions, un effort précoce d’uniformisation logistique.
On distinguait principalement :
- Le Grand module : Avec un diamètre d’environ 20 à 23 mm. Ces grands boutons étaient destinés aux pièces principales de l’uniforme, comme les devants des vestes (habits) ou les capotes.
- Les Petits modules : Leurs diamètres variaient généralement d’environ 15 à 18 mm. Ils étaient utilisés pour les manches, les gilets, les pattes d’épaule ou les poches.
- Des tailles encore plus petites (environ 10-12 mm) existaient pour des usages très spécifiques, comme les képis ou certains gilets.
Bien sûr, les diamètres exacts pouvaient légèrement varier selon les fabricants et les époques, mais cette classification module/taille reste un critère pertinent pour déterminer l’emplacement probable du bouton sur l’uniforme. Un grand module sur une manchette serait inhabituel !
L’attache : Le secret du culot
Le dos du bouton, appelé le « culot« , est tout aussi informatif que son avers. L’examen du système de fixation est crucial, car il a également évolué au fil du temps.
Voici les types d’attaches les plus courantes que vous pourriez rencontrer :
- L’anneau simple (ou « pontet ») : Un anneau en métal (cuivre, laiton…), soudé ou brasé au dos du bouton. C’est le système le plus classique pour les boutons métalliques destinés à être cousus.
- L’attache en « U » : Une variante de l’anneau simple, en forme de U.
- La queue : Une petite tige percée, solidaire du corps du bouton. On la trouve fréquemment sur les boutons de forme demi-boule.
- Les pattes métalliques rabattables : Généralement au nombre de deux, ces pattes sont utilisées spécifiquement pour fixer les boutons sur les coiffures, comme les képis.
- Les trous de couture : Présents sur les boutons non métalliques (corozo, bois, os) ou sur certains boutons d’équipement métallique très simples.
- Plus rarement, on peut trouver des systèmes à vis ou d’autres fixations très spécifiques.
La méthode de fabrication de l’attache elle-même (une soudure brute, un brasage fin, le type de métal utilisé pour l’anneau/queue) peut également donner des indices sur l’âge et la qualité de la fabrication du bouton.
Un triptyque d’indices
En combinant l’analyse de la forme, de la taille et de l’attache avec l’étude des symboles et des matériaux, vous obtenez un triptyque d’indices puissants pour identifier un bouton militaire. Ces éléments, pris ensemble, permettent de remonter le fil du temps et de découvrir l’histoire de l’uniforme et du soldat auquel il appartenait.
La signature du fabricant : Une clé de datation importante
C’est sur le revers (le dos, ou « culot ») que se cache souvent l’un des indices les plus précis et les plus précieux pour le collectionneur ou l’historien : le marquage du fabricant.
C’est un peu comme la signature de l’artiste au dos d’une œuvre, mais pour un objet militaire produit en série !
Une Signature apparue au XIXe Siècle
Ces marquages de fabricant sont devenus courants à partir des années 1820 environ. Ils peuvent prendre diverses formes, gravées directement dans le métal du dos du bouton. Le plus souvent, vous y trouverez :
- Le nom complet ou les initiales du fabricant. Parmi les noms célèbres, on trouve A.M & CIE, T.W & W, CORDIER, DUCOUR, PARENT, DAVID, BOURDON, etc.
- Fréquemment, la ville de production. La majorité venaient de PARIS, mais aussi de LILLE, LYON, GRENOBLE. Et parfois, des villes étrangères comme LONDON, BIRMINGHAM, BRUXELLES, pour des boutons importés ou destinés à d’autres armées.
Plus qu’un nom : Qualité et brevets

En plus du nom et de la ville, le fabricant pouvait ajouter d’autres informations sur le revers :
- Des mentions qualitatives : Pour vanter leur produit, les fabricants gravaient des termes comme « PERFECTIONNÉ », « SUPERFIN », « SOLIDITÉ », « SOLidaire », « EXTRA SUPERFINE ». Sur les boutons anglais anciens, la mention « GILT » indique une dorure de qualité.
- Des indications de brevet : La mention « BREVETÉ S.G.D.G. » est très courante sur les boutons français. Elle signifie « Sans Garantie Du Gouvernement » et était apposée sur les produits brevetés en France entre 1844 et 1968. Pourquoi « Sans Garantie » ? Parce que l’État délivrait alors les brevets sans vérifier si l’invention était réellement nouvelle ou valide. C’est donc un indice de datation fort !
Datation : L’activité des fabricants révèle l’époque
La connaissance des périodes d’activité des différentes manufactures de boutons est un outil puissant pour dater un exemplaire avec une grande précision. Les entreprises naissaient, changeaient de nom, fusionnaient ou disparaissaient, laissant une empreinte datable.
Quelques exemples concrets :
- La marque « T.W & W » correspond à l’association Trelon-Weldon-Weil, active sous différentes raisons sociales entre 1844 et 1865.
- Lui succède « H et M », pour Hartog et Marchand, de 1865 à 1884.
- La maison « A.M & CIE » (Anglade Masse puis divers successeurs) a eu une très longue existence, de 1853 jusque dans les années 1960.
Disposer d’un tableau récapitulant ces périodes d’activité (comme il en existe dans les ouvrages de référence pour collectionneurs) est donc indispensable pour utiliser pleinement cet indice.
Attention aux marquages étrangers !
La présence de fabricants basés à LONDRE (Firmin, Gaunt), BIRMINGHAM (Lambourne, Smith & Writh), BRUXELLES (Fonson, Derooster) ou même PHILADELPHIE (Horstmann) sur des boutons trouvés en France demande de la prudence.
Plusieurs explications sont possibles :
- Il peut s’agir de boutons effectivement importés pour l’armée française à certaines périodes.
- Ils peuvent appartenir à des troupes alliées stationnées en France (notamment pendant les guerres mondiales).
- Ou simplement des boutons civils ou étrangers collectionnés et égarés en France.
Comme mentionné, la mention « GILT », par exemple, est typique des boutons anglais dorés de la première moitié du XIXe siècle. Il convient donc d’être prudent avant d’attribuer une origine française certaine à un bouton portant un marquage étranger, même s’il a été trouvé sur le sol français.
| Marquage (Exemple) | Fabricant (si connu) / Maison | Période d’Activité | Notes |
| CORDIER PARIS | Cordier (Antoine, Henry…) | 1819 – 1878 (sous diverses formes) | Succédé par G. & CIE |
| L.P et H | Letourneau, Parent, Hamet | 1825 – 1827 | Albert Parent Fondateur |
| TRELON | Trelon | 1839 – 1845 | Devient T.W & W |
| G. & CIE PARIS | Gourdin et Compagnie | 1841 – 1910 | Successeur de Cordier |
| LEGUAY PARIS | Leguay | 1841 – 1857 | Repris par MOOS |
| T.W & W PARIS | Trelon-Weldon-Weil | 1844 – 1865 | Breveté S.G.D.G. ; Succédé par H et M |
| A.M & CIE PARIS | Anglade Masse & Cie (et successeurs) | 1853 – c. 1960 | Très longue activité |
| MOOS PARIS | Moos | 1854 – 1869 | Reprend Leguay en 1857 |
| SUPERIEUR PARIS / FRANCE | Famille Bagriot | 1854 – 1930 | Marque de qualité |
| P. H PARIS | Parent et Hamet | 1858 – 1868 | Devient P et H A. |
| PERFECTIONNÉ (avec L, CT, JBM, GD…) | Divers propriétaires (Larrivée, Trevers, Martin, Duchène) | c. 1860 – c. 1960 | Marque de qualité, plusieurs fabricants |
| H et M | Hartog et Marchand | 1865 – 1884 | Successeur de T.W & W |
| P et H A. | Parent, Hamet | 1868 – 1888 | Succède à P.H |
| DUCOUR PARIS | Ducour | 1880 – 1889 | – |
| MARCHAN BIGNON | Marchan Bignon | 1886 – 1890 | Successeur de H et M |
| SOLIDITÉ | Lecomte et Migeon | 1885 – 1917? | Marque de qualité |
| COINDEROUX | Coinderoux | 1904 – 2008 | Logo ancre/grenade ; Repris par Janvier Gruson Prat |
| A.P et Cie / PARIS A.P / SOLidaire / A LA RUCHE | Maison Albert Parent (et successeurs Ets Parent et Corona) | 1912 – 1962 (sous diverses formes) | Longue activité, marques variées |
Chronologie des boutons militaires Français
Chaque période, chaque régime politique, chaque grand conflit a laissé son empreinte, faisant de ces objets de véritables marqueurs temporels. Leur évolution, loin d’être anecdotique, suit pas à pas les bouleversements de la France. Comprendre leur transformation à travers les siècles permet non seulement de dater un uniforme, mais surtout de le situer dans son contexte historique exact. Forme, matière, symbolique, marquage : rien n’est laissé au hasard.
L’Ancien Régime : symboles monarchiques et codification rigoureuse

Sous la Monarchie (avant 1789), les boutons militaires sont gravés du numéro du régiment. Le choix du métal est strictement codifié : blanc pour l’étain, jaune pour le laiton ou le bronze, selon les ordonnances royales (1779, 1786, 1791). Les unités d’élite comme la Maison du Roi ou la Garde portent des boutons ornés de la fleur de lys. Les formes sont généralement plates ou légèrement bombées.
La Révolution : rupture symbolique et normalisation républicaine
Entre 1789 et 1799, les bouleversements politiques se traduisent immédiatement sur les uniformes. Les symboles royaux disparaissent. Le décret du 4 octobre 1792 impose un bouton républicain standardisé : faisceau de licteur, bonnet phrygien, et mention « RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ».
La Garde Nationale a ses propres modèles, parfois marqués du district ou du département. Les numéros de régiment perdurent, surtout dans l’infanterie de ligne. L’usage de l’étain et du bronze se maintient, tandis que les tailles sont désormais standardisées en « modules ».
Des boutons vendéens apparaissent durant les conflits civils dans l’Ouest. Le renouvellement progressif des uniformes (souvent par tiers) crée des mélanges de boutons différents sur un même soldat — témoins vivants d’une époque en transition.
Le Consulat et l’Empire : l’avènement de l’Aigle
De 1799 à 1815, Napoléon impose un symbole fort : l’Aigle impérial, omniprésent sur les boutons de la Garde impériale.
Chaque arme conserve ses symboles :
- Canons croisés : Artillerie
- Grenade enflammée : Gendarmerie, infanterie d’élite
- Ancre : Marins de la Garde, Artillerie de marine
- Caducée : Service de santé (après 1803)
- Cor de chasse : Chasseurs à cheval
Des boutons distincts apparaissent pour l’administration militaire et les états-majors.
Côté fabrication, les formes se diversifient (plats, bombés, demi-boule dite « grelot »). L’étain et le laiton restent dominants. L’industrialisation débute, mais la production reste artisanale, avec des variantes selon les manufactures.
1815–1870 : une succession de régimes, une diversité de symboles
Restauration (1814–1830)
Le retour des Bourbons voit celui de la fleur de lys, notamment pour la Garde royale et la Gendarmerie royale. Certains anciens soldats de l’Empire continuent discrètement de porter des boutons napoléoniens.
Monarchie de Juillet (1830–1848)
Le coq gaulois devient un symbole officiel. La Garde nationale arbore des boutons marqués « Liberté Ordre Public ». Les numéros de régiment demeurent.
Seconde République (1848–1852)
Brève réintroduction des symboles républicains. Création de la Garde nationale mobile.
Second Empire (1852–1870)
L’Aigle impérial revient sur les boutons de la nouvelle Garde impériale et de l’administration. Les numéros régimentaires sont conservés. Les fabricants parisiens prennent de l’importance, avec des marquages au dos de plus en plus fréquents facilitant la datation.
La Troisième République et les conflits mondiaux : standardisation et adaptation
Début de la IIIe République (1870–1914)
La grenade devient le symbole de l’infanterie (modèle 1871), tandis que chaque arme conserve ses emblèmes propres :
- Cor de chasse : Chasseurs
- Ancre : Marine et troupes coloniales
- Cuirasse et casque : Génie
- Symboles spécifiques : Train, Santé, Gendarmerie, etc.

Les numéros régimentaires disparaissent peu à peu, sauf dans certains corps. Les boutons sont bombés, en laiton ou cuivre, parfois dorés ou argentés pour les officiers. Les fabricants parisiens sont nombreux et bien identifiables.
Première Guerre mondiale (1914–1918)
La guerre impose la simplicité et l’économie : boutons en étain, alu, fer-blanc, corozo, souvent lisses ou peints en bleu horizon. Un bouton générique « Équipements Militaires » est créé. Les panachages de modèles sont fréquents, faute de stock.
Entre-deux-guerres et Seconde Guerre mondiale (1919–1945)
Retour progressif aux standards d’avant-guerre, tout en conservant des matériaux économiques. L’Armée de l’Air devient indépendante avec un emblème distinct (épervier ou charognard). Sous Vichy, des boutons spécifiques apparaissent, notamment pour la Police. Le modèle 1940 kaki utilise des boutons adaptés à la tenue.
De 1945 à aujourd’hui : entre fonctionnalité et tradition
Après-guerre et décolonisation
Les tenues de combat se standardisent : treillis TTA 47 et suivants utilisent des boutons plastiques kaki ou marron, ou métalliques mats. Les boutons marqués « Équipements Militaires » restent en usage jusqu’à la guerre d’Algérie.
Période contemporaine
Deux logiques coexistent :
- Sur le terrain : boutons discrets, en plastique mat, sous patte, velcro ou pression (treillis F1, F2, F3 type Félin).
- Dans les cérémonies : boutons métalliques dorés ou argentés, arborant les symboles historiques (grenade, ancre, cor, ailes…).
Des modèles spécifiques sont toujours produits pour certaines unités comme l’ALAT ou le Matériel. Cette dualité illustre parfaitement l’évolution du rôle de l’uniforme : d’un côté la fonctionnalité, de l’autre la représentation.



