Les secrets des monnaies médiévales : ce qui se cache derrière toutes ces pièces
Résumé de cet article :
- Les monnaies médiévales en France, qu’elles soient de compte ou réelles, étaient fabriquées en billon (alliage d’argent et de cuivre), et leur valeur était liée au poids du métal.
- Le système monétaire du Moyen Âge était basé sur des multiples de 12 ou 20, ce qui rendait les calculs plus complexes.
- La fabrication par « frappe au marteau » dans les ateliers monétaires expliquait les formes irrégulières des pièces et les doubles frappes.
- Les fraudes courantes incluaient le soudage de métaux précieux sur des pièces de faible valeur (« pièces fourrées ») et le rognage des bords pour récupérer le métal.
- Les marchands utilisaient des méthodes comme le trébuchet (balance), l’écoute du son des pièces, et le test de la morsure pour détecter les fausses monnaies.
Dans l’Occident médiéval, chaque pièce de monnaie reflétait les dynamiques économiques et politiques de l’époque, une période étudiée en numismatique. Mais comment les différents types de monnaies fonctionnaient-ils dans un système monétaire complexe ?
Comment la « frappe au marteau », technique prédominante de l’ère carolingienne jusqu’à la Renaissance, influençait-elle l’apparence des pièces ? Et face aux techniques de fraude monétaire courantes, comment les marchands parvenaient-ils à se protéger ? Cet article met en lumière les mécanismes des monnaies médiévales pour mieux comprendre ces aspects.
Attention : si vous trouvez ce type de monnaie en détection de métaux (ou autre), vous avez la responsabilité de déclarer votre trouvaille auprès des services archéologique de votre département.
Les différents types de monnaies au Moyen Âge et le poids de leurs valeurs
Durant le Haut Moyen Âge, puis tout au long du Moyen Âge central en France, il existait deux types de monnaie :
- la monnaie de compte et
- la monnaie réelle.

La monnaie de compte était virtuelle et n’existait que pour comptabiliser la valeur des biens et des transactions, un système prédominant dans l’économie de subsistance de l’époque. En revanche, la monnaie de change (réelle) était représentée sous forme de pièces en métal ou de billets.
La principale monnaie utilisée était le denier, dont l’usage s’est généralisé sous les dynasties mérovingienne et carolingienne. Il était fabriqué en billon, un alliage d’argent et de cuivre, et était frappé en différentes valeurs, notamment le sou et la livre.
Contrairement à aujourd’hui où nous avons une monnaie faciale (le chiffre noté dessus équivaut à sa valeur fiduciaire), à cette époque, la valeur de la monnaie est directement liée au poids et la rareté du métal employé. D’où la présence de poids monétaires permettant justement de peser précisément le poids du métal pour les monnaies à fabriquer ou vérifier la véracité de ce poids lors des transactions.
Le système monétaire médiéval, notamment sous la dynastie des Capétiens, fonctionnait selon une base duodécimale, ce qui signifie que les multiplicateurs étaient souvent de 12 ou de 20 plutôt que de 10. Cela rendait les calculs et les échanges monétaires plus complexes qu’aujourd’hui.
Le système monétaire médiéval comprenait de nombreuses pièces de monnaie, avec des noms et des valeurs variés. Par exemple, on retrouvait la maille, le double tournoi (une monnaie en cuivre d’une valeur de deux deniers tournois émise par les rois de France à partir de la fin du XIIIe siècle), le sou tournois, l’écu, et bien d’autres, reflétant la diversité des pratiques dans des régions comme l’Île-de-France ou la Normandie.
Chaque pièce avait des caractéristiques spécifiques, telles que son poids, son matériau et sa valeur. Les pièces étaient souvent marquées d’un symbole chrétien, tel qu’une croix, pour indiquer leur affiliation religieuse.
L’évolution des gravures et des légendes sur les pièces a également été remarquable. Au fur et à mesure que les techniques de gravure s’amélioraient, les pièces de monnaie médiévales devenaient de plus en plus détaillées et esthétiques.
L’évolution du système monétaire du Moyen Âge
Au cours du Moyen-Âge, le système monétaire en France a connu de nombreuses évolutions. Dès le règne de Charlemagne, de nouvelles pièces de monnaie ont été créées pour répondre aux besoins croissants du commerce et des échanges à longue distance.
Saint Louis, roi de France et figure marquante du XIIIe siècle, a notamment créé plusieurs nouvelles monnaies, dont l’écu en or et le gros tournoi en argent. Ces nouvelles pièces ont permis de simplifier les échanges commerciaux et ont renforcé le pouvoir du roi sur les territoires voisins, comme l’Anjou ou la Touraine.
Plus tard, le franc a été introduit en 1356 pour payer la rançon exigée par les Anglais après la capture du roi Jean II le Bon lors de la bataille de Poitiers. Le franc, parfois appelé franc à cheval, a été utilisé en France jusqu’à l’adoption de l’euro en 2002 et est souvent considéré comme un symbole de l’indépendance nationale.
La méthode de fabrication de la monnaie
La méthode de fabrication de la monnaie au Moyen Âge était appelée « frappe au marteau ». Les pièces étaient littéralement frappées à l’aide d’un marteau, une pratique dont les bases remontent à l’Antiquité romaine. Une illustration de la Spiezer Chronik, datant du XVe siècle, nous montre les différentes étapes de cette production.
Tout d’abord, il fallait élaborer des lingots. Les lingots étaient soit fabriqués à partir du métal souhaité, avec une attention particulière à la teneur en argent ou en or, soit à partir de la fonte de vieilles pièces de monnaie, voire même de vaisselle précieuse.
Une fois la plaque obtenue, elle était découpée en forme de pièce de monnaie. Deux méthodes étaient utilisées pour le découpage : la découpe à la cisaille, qui était une méthode plus longue et fastidieuse, puis l’utilisation d’un emporte-pièce, qui permettait de tailler directement les flancs de la pièce.

Une fois les flancs produits, leur poids était contrôlé par un peson monétaire. Si la pièce était trop légère, elle était refondue. Si elle était trop lourde, elle pouvait être allégée à l’aide d’une lime, laissant parfois des stries d’ajustage sur la pièce. C’est justement ce que l’on peut voir dans certaine monnaie que l’on trouve sous terre lorsque certaines d’entre elles ne sont pas parfaitement rondes.
Enfin, la dernière étape était la plus importante et la plus délicate : la frappe de la monnaie. Cette opération était réalisée par un monnayeur, sous la supervision des autorités royales. Le flanc était placé entre deux morceaux de métal, appelés les coins, sur lesquels étaient gravées les inscriptions et les symboles, souvent des éléments héraldiques. La frappe consistait à lancer un premier coup léger pour fixer le coin mobile, puis à donner un coup plus fort pour marquer les inscriptions.
Cette méthode, en usage depuis l’Antiquité, n’a évolué qu’à partir de la Renaissance, période qui a vu l’introduction du balancier et des laminoirs, notamment grâce aux innovations techniques développées en Italie du Nord.
Les ateliers monétaires au Moyen Âge
Les ateliers monétaires étaient situés en ville et étaient théoriquement une prérogative royale. Cependant, de nombreux seigneurs possédaient également leurs propres ateliers monétaires. Entre 987 et 1793, 185 seigneurs ont été recensés comme ayant frappé leur propre monnaie au moins une fois.
Ces ateliers se sont multipliés au fil de l’agrandissement du royaume. Par exemple, après les guerres d’Italie, on pouvait trouver des ateliers monétaires français à Gênes, à Milan ou à Naples. Les ateliers monétaires étaient également influencés par les événements politiques. Par exemple, lorsque les Anglais ont pris le contrôle du nord de la France au début du XVe siècle, Charles Dauphin a créé de nouveaux ateliers à Chinon, Loches, Orléans et au Mont Saint-Michel.
Au règne de Louis XV, il existait des ateliers monétaires dans toutes les régions. La carte présentée dans l’ouvrage d’Arnaud Clément et de Michel Prieur illustre bien cette répartition.
Les techniques de fraude monétaire au Moyen Âge
Maintenant que le système monétaire du Moyen Âge est mieux compris, il est temps de découvrir les différentes techniques de fraude utilisées par les faussaires et les contrefacteurs de l’époque. Malgré les risques encourus, ces individus, souvent des criminels organisés, ont développé des méthodes ingénieuses pour falsifier la monnaie.

Le soudage de métaux précieux
Cette technique, appelée placage, consistait à recouvrir une pièce dont le métal avait une faible valeur, comme le plomb ou le cuivre, avec un métal plus précieux, tel que l’or ou l’argent. Cela donnait l’apparence d’une véritable pièce en or ou en argent. Ce type de pièce était appelé une « pièce fourrée ».
Cette méthode était plus complexe, car elle nécessitait non seulement la quantité suffisante de métal, mais également une matrice avec des gravures détaillée et conforme à l’originale, souvent inspirées des ateliers royaux situés par exemple à Paris, ce qui était difficile à réaliser pour la plupart des faussaires.
La fraude par rognage
Une autre méthode de fraude consistait à rogner les bords d’une pièce de monnaie afin de récupérer le métal précieux (pour l’or ou l’argent). Ce métal était ensuite revendu. Cette technique permettait aux faussaires de tirer profit de la valeur intrinsèque de la monnaie basée sur son métal.
Les parades des marchands contre la contrefaçon
Les marchands et les commerçants, notamment les changeurs et les banquiers, habitués à l’utilisation de la monnaie, avaient développé plusieurs parades pour contrer ces faussaires. Ils utilisaient un trébuchet, une balance qui permettait de mesurer le poids de chaque pièce (poids monétaire). En effet, au fur et à mesure des rognages, les pièces perdaient du poids.
Ainsi, si une pièce devait peser 5 g et qu’un marchand n’obtenait que 4 g dans sa balance à cause de pièces rognées, il demandait à l’acheteur d’ajouter l’argent manquant pour finaliser la transaction. Les tableaux de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance, telle que l’œuvre « Le Prêteur et sa femme » de Quentin Metsys, représentent souvent les marchands avec une balance, symbole de leur connaissance en matière de monnaie.
En plus de la balance, les marchands utilisaient d’autres méthodes pour détecter les fausses pièces. Ils pouvaient les faire tomber pour écouter le son qu’elles produisaient (particulièrement vrai pour les pièces en argent). Chaque métal avait un son caractéristique, à l’exception du plomb qui résonnait moins. De plus, ils pouvaient également utiliser leurs dents en mordant dans une pièce en or (ductile). Cette pratique permettait de détecter les pièces ayant été recouvertes d’un métal précieux. Ces astuces donnaient lieu à l’expression « être payé aux monnaies sonnantes et trébuchantes ».
Contrefaire la monnaie était considéré comme un crime de lèse-majesté, car battre monnaie était un pouvoir régalien réservé au roi. Les faussaires risquaient de lourdes peines en cas de flagrance, prononcées par des tribunaux locaux ou par le Parlement de Paris. La peine de mort étant souvent réservée à ces criminels, l’écartèlement était une méthode couramment utilisée pour punir les faussaires, un châtiment public pour dissuader.
Attention : Si un jour vous trouvez une monnaie médiévale, en détection ou autre, vous êtes dans l’obligation légale de déclarer cette trouvaille auprès des autorités archéologiques compétentes, comme le Service Régional de l’Archéologie (SRA) de votre région.



