Monnaie savo : que faire de ses pièces savonnées ?
Résumé de cet article :
- Une monnaie savo est une pièce de monnaie très usée par le temps et l’érosion du sol, comme celles trouvées lors de fouilles sur d’anciens sites gallo-romains ou médiévaux, la rendant totalement lisse et difficile à identifier.
- Il est important de toujours nettoyer minutieusement une monnaie avant de la classer comme savo, car de véritables découvertes historiques, tels qu’un sesterce de l’empereur Hadrien ou un liard de Louis XIII, peuvent se cacher sous des couches de saleté.
- Utilisez des méthodes de nettoyage plus adaptées si nécessaire, comme l’électrolyse pour retirer la corrosion métallique ou l’emploi d’une Dremel avec précaution, pour tenter de révéler des reliefs sur les pièces très abîmées, une tâche souvent pratiquée par les restaurateurs d’objets archéologiques.
- Toute monnaie, même une savonnette, a un intérêt numismatique ou historique certain pour la recherche, et il est donc obligatoire de la conserver et d’en identifier la provenance, conformément aux articles du Code du patrimoine régissant les découvertes fortuites, notamment l’article L531-1.

Lorsque l’on découvre une monnaie si usée par le temps qu’elle en devient une « savonnette », comme une pièce de l’Empire romain ou un denier médiéval, plusieurs questions se posent pour tout collectionneur ou archéologue amateur :
S’agit-il d’une véritable trouvaille archéologique ou simplement d’un déchet sans intérêt pour l’histoire monétaire ? Faut-il investir du temps pour la nettoyer et tenter de lui redonner son aspect originel ? Est-il judicieux de conserver ces pièces détériorées qui semblent avoir perdu leur attrait numismatique ? Et surtout, comment être certain qu’une monnaie est réellement une « savo » avant de la reléguer à cet état ?
Cet article vous guidera pour prendre les bonnes décisions face à ces trouvailles.
Qu’est-ce qu’une monnaie savo ?
Une monnaie savo, surnommée « savonnette » par les collectionneurs, est une monnaie tellement usée par le temps et abîmée par l’érosion du sol (comme l’action des acides humiques ou le mouvement des sédiments), ou par le travail mécanique, la rendant totalement lisse.

Avec ce genre de monnaies que l’on retrouve très souvent en détection, il est très difficile de pouvoir identifier avec certitude, car même s’il arrive que l’érosion de la pièce soit plus forte sur une des 2 faces, Bien souvent, les 2 faces se retrouve complètement lisses.
Aussi, pour un collectionneur, qu’il soit membre de la Société Française de Numismatique ou un amateur éclairé, se pose la question de savoir s’il est bien utile de conserver ce genre de monnaies dans sa collection personnelle ou pour un musée ?
Une savonnette ne l’est qu’une fois bien nettoyé
Une énorme erreur que peuvent faire beaucoup de prospecteur est de catégoriser une monnaie comme savo, à peine sortie de terre. C’est la plus grosse erreur que vous pouvez faire !
Mais l’expérience en matière de nettoyage, notamment pour les objets métalliques anciens, vous montrera plus d’une fois qu’une monnaie qualifiée de « savo » peut cacher de véritables raretés historiques.
L’un de nos intervenants et rédacteur sur ce blog, spécialiste en numismatique romaine, nous a raconté qu’un jour, à l’issue de sa sortie, il avait sorti quatre monnaies savos qu’il a entreposées dans sa boîte à savo.

Plusieurs mois après, n’ayant plus rien à faire ni à nettoyer, il s’est mis à nettoyer sa boîte. Sur la quinzaine de monnaies, il a été surpris de voir que l’une d’entre elles était en réalité un superbe denier de billon, un alliage historique de cuivre et d’argent.
Il a compris que son erreur était d’avoir nettoyé grossièrement sur place la monnaie et que la couche de sulfure d’argent (Ag₂S), cette patine noire souvent présente sur les monnaies en argent, mélangée à l’argile, donnait un aspect lisse et dur à la monnaie, la faisant passer pour une savonnette en bronze gaulois ou romain.
De cette histoire, il faut retenir une leçon primordiale : il faut toujours nettoyer vos monnaies, même celles qui sont très détériorées, quitte à utiliser des techniques de nettoyage plus poussées, sous le conseil d’un conservateur-restaurateur si besoin.
C’est donc de cette expérience que notre ami vous donne les conseils suivant pour nettoyer vos savonnettes.
Comment nettoyer les monnaies rincées ?
Comme pour toutes trouvailles faites en détection (qu’il s’agisse de monnaies, de bijoux ou d’artefacts), il faut nettoyer l’ensemble de vos découvertes. On peut bien entendu commencer à classer les trouvailles déjà identifiables et celles moins (voire pas du tout) identifiables pour les nettoyer ultérieurement.

Lorsque vous vous déciderez à nettoyer le contenu de votre boîte à savo, on commencera toujours par passer nos monnaies sous l’eau tiède afin de tenter de ramollir certaines couches de terres résiduelles. L’utilisation d’un nettoyeur à ultrasons fonctionne très bien pour retirer la terre incrustée sans abîmer le métal.
Ensuite, l’idée est de tenter de trouver des traces de reliefs afin d’entrevoir une identification de la pièce, comme la période de frappe ou l’atelier monétaire. Pour ce faire, on peut utiliser des méthodes plus poussées. Rien n’empêche de commencer en utilisant des crayons à gratter pour un premier nettoyage minutieux.
Mais si cela ne donne rien, vous pouvez très bien employer des techniques plus élaborées, comme l’électrolyse pour les monnaies en cuivre ou bronze, ou l’utilisation d’une Dremel à basse vitesse, surtout s’il y a beaucoup de concrétions ferreuses, d’hydroxy-carbonates, d’hydrosulfates ou d’hydrochlorures (constituants de ce que l’on appelle le « vert-de-gris« , une corrosion du cuivre).
Vous pouvez même mettre la monnaie complètement à nu pour être certain de la conclusion à en tirer. Et si par chance, une monnaie se trouve identifiable (par exemple, un as romain ou un double tournois), vous pourrez la repatiner ultérieurement avec des produits spécifiques pour recréer une patine stable.
Bien évidemment, si votre trouvaille comporte un intérêt historique ou archéologique significatif, il faudra en faire la déclaration en ligne auprès du Service Régional de l’Archéologie de votre Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC).
S’il en résulte une impossibilité à voir quelconque relief, et que c’est bien une savo, la pièce peut alors reprendre sa place dans la boite. Soyez-en sûr, une bonne partie vont la rejoindre. Mais au moins, en faisant cela, plus de place au doute !
Monnaies lisses à conserver ou à jeter ?
Maintenant que vous savez comment valoriser vos monnaies, même celles potentiellement savo, afin de vérifier s’il n’y en a pas une dans le lot qui vaudrait d’être restaurée et identifiée pour un collectionneur ou un archéologue, reste la question de savoir quoi faire avec le reste.

La première idée qui peut venir à l’esprit est de se dire qu’une monnaie savo impossible à identifier est finalement un déchet comme un autre et peut finir à la ferraille ou au recyclage. Cependant, même si c’est ce que vous pensez, sachez que ceci est potentiellement interdit par la législation française.
Pour faire simple, toute monnaie, même une savonnette, possède un intérêt local et historique, notamment pour la compréhension des échanges commerciaux ou des occupations humaines d’une période donnée (par exemple, le Bas-Empire romain ou la période mérovingienne).
Il est donc de votre responsabilité et de votre devoir de la conserver et d’en identifier sa provenance précise. En effet, tant pour des trouvailles identifiables que celles qui le sont moins, vous devez être capable d’en expliquer son lieu d’origine et donc de la conserver. C’est notamment l’article L531-1 du Code du patrimoine qui réglemente cette obligation pour toute découverte archéologique fortuite.
De ce fait, toutes vos monnaies ou vos objets usuels (comme des fibules ou des céramiques), doivent être conservés dans les meilleures conditions possibles, quel que soit leur état, par exemple dans des sachets spécifiques sans PVC et à l’abri de l’humidité.


